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Superbe contrepied que celui du Président Paul Biya à l’encontre des camerounais lors de son traditionnel discours annuel du 31 décembre dernier. Et, il est par ailleurs fort étonnant que nos émérites analystes politiques n’aient pas insisté sur ce contrepied. Le fait que le Chef de l’Etat n’ait pas fait allusion à l’échéance électorale suprême au Cameroun : la prochaine course présidentielle. Pourtant tout le monde l’y attendait, bien calé dans les starting-blocks. Les éditos et commentaires des journalistes étaient prêts, les réactions de certains acteurs politiques préparées à l’avance sur le sujet, observateurs et experts avaient affûté les arguments « pour ou contre ». Au moment venu…Rien ! Paul Biya a déjoué tous les pronostics. Comme à son habitude aurait-on envie, et à raison, d’ajouter.
« Alpha et Oméga » de la vie politique camerounaise, il l’est. Et il le reste. Aux attentistes amorphes que sont ses adversaires et autres opposants politiques, aux naïfs que sont certains acteurs de la société civile, et en définitive, à la catégorie dont le nombre grossit de plus en plus, à savoir : les désabusés, indifférents et cyniques… il a mis un bel « obom-zolo ». Faut-il s’en étonner ? L’homme-lion (qui, en passant, se fait de plus en plus Homme-dinosaure) s’est adonné là à son sport favori : le foutage de gueule des camerounais.
Sauf exception, Paul Biya ne s’adresse aux camerounais qu’une seule fois dans l’année, le 31 décembre. Les autres fois, c’est aux jeunes, le 11 février, et aux militants de son parti le Rdpc le 6 novembre (autre escroquerie historico-politique). Dans une optique de respect et dialogue, de responsabilité vis-à-vis du peuple camerounais, on se serait donc, attendu à ce que son propos de fin d’année – équivalent d’un bilan - soit politique, économique, social, culturel et pourquoi pas sportif (surtout en cette année 2010)… Mais qu’en a-t-il été ? Pas un mot sur les drames sociaux qui ont assombri la vie de nombreux camerounais ces derniers temps, pas une projection sur les prochaines cinquante années du Cameroun, principalement en cette année de célébration du cinquantenaire de notre « indépendance », etc… Rien de tout cela ! Notre société étant régie par une vie politique clientéliste et paternaliste, il a procédé à la distribution des bonbons : à toi un comice agro-pastoral, à vous des bourses d’études, à toi la mise en route d’un barrage hydro-électrique, à vous des recrutements dans la fonction publique, à vous la preuve d’un équilibre régional dans les arrestations d’Epervier, etc… Bref du biyaïsme dans toute sa plénitude et sa splendeur.
Mais à y regarder sérieusement, on pourrait presque lui donner raison dans son dédain vis-à-vis du peuple. On est en droit de se poser la question de savoir : pourquoi Paul Biya doit-il se forcer ? Pourquoi se donner de la peine ? Les années lui ont prouvé que lorsqu’il « agit », les autres « ré-agissent », jamais l’inverse ; lorsqu’il éternue, les autres s’enrhument, jamais l’inverse ; lorsqu’il dort les autres ronflent, jamais l’inverse… Sauf lors des villes mortes de 1992 ou plus récemment lors des émeutes de Février 2008 (dans chaque cas, il a ré-agit, s’est enrhumé…l’initiative venait des autres)! Alors pourquoi forcer ? Pourquoi ne pas laisser tout simplement faire, quand les autres ne bougent pas ?
L’opposition la plus bête du monde ? Cela fait des mois, qu’à longueur de commentaires dans la presse écrite papier et internet, qu’à longueur d’émissions de radio ou télé, les médias camerounais (dans un rôle qui n’est pas a priori le leur) interpellent le milieu politique, sensibilisent et conscientisent les populations sur l’importance de l’élection présidentielle prochaine, ergotent et prennent position sur les enjeux de la prochaine joute électorale, jubilent à l’idée de « couvrir » ce « moment historique » de la vie du Cameroun ; cela fait des mois que des memoranda et autres motions de soutien à Paul Biya, émanant des régions, convergent vers Yaoundé, plus près des oreilles du Prince (et dont le paroxysme a été la publication par la Sopecam d’une compilation « Appel du peuple » sous les ordres de René Sadi et Fame Ndongo)…Que pensez-vous que les aspirant-candidats à la Présidentielle ont fait ? Rien ! Avez-vous lu ou entendu des actions d’envergure nationale prises, menées ou engagées par les uns ou les autres ? Non ! Nous ne parlons pas ici de la « Marche » de Mboua Massock ! Messieurs Ndam Njoya et Ni John Fru Ndi se sont-ils seulement assis ensemble pour faire « enrhumer le pouvoir » ? Est-il normal que ni le Sdf, ni l’Udc, ni l’Undp, les trois partis de l’opposition représentés à l’Assemblée Nationale n’aient pas été capables de produire le moindre communiqué (max. 15 lignes) à la suite du discours présidentiel ? Doit-on en conclure qu’ils sont d’accord avec le propos ? Ou alors que leur incompétence est telle qu’ils n’y voient pas, dans ce discours présidentiel, matière à s’opposer ou à proposer une alternative ?
Un ancien premier ministre français, Alain Juppé, excédé devant les incapacités de ses camarades de parti à s’accorder autour d’une stratégie pour battre la Gauche, alors au pouvoir, lâcha un jour « …Nous avons la Droite la plus bête du monde ». Il y a fort à parier que cette déclaration s’appliquera sous peu – si ce n’est déjà le cas – à l’opposition politique camerounaise (il suffira de remplacer « Droite » par « Opposition ») : Le Cameroun a-t-il l’opposition politique la plus bête du monde ? Nous voyons déjà les arguments « …Oui, mais ce n’est pas de leur faute, le pouvoir empêche toute initiative, bloque tous les moyens légaux d’expression, etc.... » C’est la même rengaine depuis des années. L’ingéniosité, l’imagination, sont à la portée de tous. Il est illusoire de penser un seul intant que la majorité aux affaires cèdera la moindre parcelle pour satisfaire l’opposition. La conquête du pouvoir n’est-elle pas une lutte permanente ? Et d’ailleurs, cette opposition, à la place du pouvoir actuel ne ferait-elle pas la même chose ? Pourquoi s’étonner après coup du nombre grossissant de désabusés ou d’indifférents, d’incroyants de la politique pour changer le sort misérable de nombreux camerounais ?
Diaspora politique : annus benedictus… À l’heure où d’aucuns prétendent que la majorité des camerounais en diaspora est opposée au Rdpc (ce qui reste à vérifier), comment expliquer qu’aucun parti politique national n’ait des annexes ou des représentations extérieures dignes de ce nom en Europe ou aux Amériques, et qui peuvent, par exemple, prendre parole ou poser des actes au nom de ces derniers dans des rencontres internationales (Internationale socialiste, Sommet social démocrate,etc… ? Cela ne concoure-t-il pas aussi à l’éducation et à la formation des cadres ou militants d’un parti politique, en vue d’un changement au Cameroun ? N’en déplaise à certains, nul autre parti politique n’est mieux, ni plus organisé que le Rdpc à l’extérieur du Triangle national. En dehors d’un des plus vieux parti camerounais, l’Upc, qui a quelques sections bien discrètes, seul le Rdmc de Milla Assouté et dans une certaine mesure le Pdc de Louis Tobie Mbida, plus implantés en diaspora qu’au Cameroun, peuvent se targuer d’une structuration semblable et concurrente. Nul doute, qu’il y a du travail pour les autres !
Dans ce sombre tableau, il y en a qui auraient pourtant légitimement le droit de sabrer le champagne, même si l’ampleur des enjeux ne s’y prête pas. Il s’agit de la diaspora politique. Terme générique pour désigner ces individus ou groupes de camerounais, qui, pas à pas, étape par étape, à défaut de changer radicalement les choses au Cameroun, se font entendre et surtout font entendre leur message. Ceux-là même qui forcent le pouvoir de Yaoundé à entendre ce qu’ils ont à dire, forcent les représentants à l’étranger, de ce même pouvoir (ambassades et bureaux régionaux du Rdpc) à réviser discours et méthodes ; à opter pour le dialogue plutô que le diktat, à argumenter sur la défense du régime plutôt que d’afficher du mépris envers les autres camerounais. L’année écoulée a été pour cette diaspora, non pas une annus horribilus, mais une annus benedictus ! Les médias camerounais de la diaspora (Icicemac, Cameroon voice, Cameroon-info, Camer.be, etc…) y ont joué un rôle primordial en relayant les actions des groupuscules politiques, en faisant écho aux idées de personnalités, en initiant des débats sociétaux, mais surtout en donnant la parole aux camerounaises et camerounais.
Tout ceci ne peut plus être ignoré par les autorités en place à Yaoundé. Et la preuve par 9 que cette diaspora est entrain de réussir est cette phrase : « Au cours des déplacements que j’ai été amené à faire, j’ai également eu l’occasion de vérifier que notre diaspora dont la qualité est remarquable, soutient nos efforts et reste, malgré l’éloignement, très attachée à notre pays. ». Phrase prononcée par Paul Biya dans son allocution du 31 décembre dernier. Il est intéréssant de noter que c’est la premère fois que le Chef de l’Etat fait allusion, da manière publique, à ces camerounais de l’étranger ; parmi lesquels on retrouve pourtant, à ses yeux et à ceux de ses soldats (Issa Tchiroma, Fame Ndongo, René Sadi…) « …certains camerounais qui ne cessent de dénigrer l’image du pays. ». Est-ce à eux que Paul Biya a fait allusion lorsqu’il a déclaré dans son discours « …J’en profite également pour dénoncer chez une minorité de nos compatriotes une volonté de contestation systématique qui n’hésite pas à recourir au mensonge et à la calomnie. Sans doute préfèreraient-ils que notre pays soit livré aux désordres de toute sorte pour arriver à leurs fins. ». Il n’empêche que cette diaspora fait désormais, publiquement, partie des préoccupations quotidiennes du pouvoir camerounais. À elle, dorénavant, cette diaspora politique, de savoir faire de cette donnée un avantage.
Il n’en reste pas moins qu’il est important et nécessaire de rappeler que la société civile et les médias sont d’abord des chiens de garde de la démocratie (dans le cadre du Cameroun, on parlera plus exactement de Processus de démocratisation) et non pas des acteurs politiques ; les activistes sont des leaders d’opinion dans une certaine mesure, des objecteurs de conscience, des empêcheurs de tourner en rond et non pas des acteurs politiques. Les médias et la société civile ne concourent pas à la prise et à l’exercice du pouvoir.
Et au risque de paraître et de devenir redondant, il est temps, voire grand temps, que les partis politiques et/ou les individualités qui se sentent investis d’une mission nationale prennent leurs responsabilités. Sur le plan calendaire, l’élection présidentielle est prévue en octobre 2011, nous sommes en janvier 2010. Il risque d’être trop tard au moment du réveil. À moins d’un événement imprévu.
Cyrille Ekwalla, Journaliste
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