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Les résultats d'une enquête menée dans le Grand Nord ont été mis à la disposition de la presse lundi dernier à Douala.
Diffusées par les délégations provinciales du Commerce du Nord et de l'Extrême-Nord, les statistiques donnent froid au dos. La quantité de carburant nigérian entrant au Cameroun par le truchement de la contrebande est, apprend-on, de plus de 5,41 millions de litres par semaine pour ces deux provinces. En un mois, cela fait plus de 21,64 millions de litres déversés sur le marché local. En terme de comparaison, les chiffres du Groupement interpatronal du Cameroun (Gicam) indiquent que ce carburant de contrebande représente environ 1/5 de la distribution totale de la Société camerounaise de dépôts pétroliers (Scdp). Une part de marché importante estimée à près de 13 milliards Fcfa, qui représente une grosse perte pour les marqueteurs locaux ; des taxes (Tva) non perçues de l'ordre de 5 milliards Fcfa par mois aussi, pour l'Etat camerounais.
Le mal semble donc profondément enraciné. Et, une nouvelle fois, le Gicam a tiré la sonnette d'alarme. Au cours d'un point de presse donné au siège du Groupement lundi dernier, 27 octobre 2008 à Douala, Martin Abéga, président de la cellule de lutte contre le commerce illicite au Gicam, s'est montré particulièrement préoccupé par la situation. Sur la base des résultats d'une enquête commise par la cellule qu'il préside et réalisée dans les provinces de l'Adamaoua, du Nord et de l'Extrême-Nord, il ressort que l'ensemble des marchés du Grand nord sont inondés par les produits étrangers qui échappent au contrôle des autorités. Hormis le carburant, plusieurs autres produits de grande consommation traversent allégrement les frontières camerounaises, selon l'enquête du Gicam. Il s'agit, entre autres, des pagnes, du riz, du sucre, de la farine, des cigarettes, etc.
"On a l'impression que ce commerce est encouragé par tout le monde, y compris les autorités", fait constater Martin Abéga. D'où cette résolution prise en juin 2008 au niveau du Gicam, d'aller "s'enquérir de l'importance du phénomène du commerce illicite dans la zone (le Grand Nord) et de s'enquérir des différentes stratégies mises en œuvre par les administrations pour lutter efficacement contre le phénomène sur le terrain". Sur le terrain, les enquêteurs du Gicam ont, en effet, constaté que le phénomène du commerce illicite dans la partie septentrionale du pays, cause par ailleurs un préjudice grave aux recettes douanières. Dans la seule ville de Kousseri, par exemple, on parle de quelque 50 millions Fcfa de pertes par mois, soit environ 600 millions Fcfa par an !
Conséquence, un cafouillage généralisé règne dans les marchés de Pitoa, Ngong, Garoua, Maroua, Lagdo, Guider, etc., où les produits locaux ont du mal à s'écouler ; pendant qu'une vaste zone de trafic en tout genre s'est créée dans les localités frontalières de Banki (frontière avec le Nigeria), Gashiga, Kousseri, Fotokol et Demsa. "Il est à noter que la contrebande prend plusieurs formes. Des produits non déclarés sont souvent dissimulés et ne sont pas contrôlés par la douane. La plus grande partie de la contrebande transite par les nombreuses pistes, une fois la frontière traversée. Pour les flux qui empruntent les routes connues, le dédouanement est forfaitaire (en fonction du moyen de transport) ; il existe par conséquent une forte probabilité de dissimulation des marchandises non déclarées et parfois prohibées, car le pratique veut que la fouille ne soit pas envisageable…", révèle le rapport du Gicam.
Dès lors, il s'avère urgent d'agir. Le Gicam propose, à cet effet, une panoplie de solutions pour tenter de conjurer le mal. A l'instar de la révision de l'Accord de Bangui signé le 24 février 1999 et relatif à la lutte contre le commerce illicite au niveau sous-régional. Au niveau local, le Groupement souhaite que soient réactivés en urgence les différents comités créés pour lutter contre la contrebande ; qu'une campagne de sensibilisation et de conscientisation soit initiée au niveau de chaque province du Cameroun ; que soit nouée une collaboration "active et pérenne" entre les autorités et les opérateurs économiques, pour mieux contrecarrer les fraudeurs…
"Notre vœu est que, dans le cadre du partenariat public - privé, l'Etat et ses démembrements acceptent de donner la main au secteur privé pour réduire le niveau de commerce illicite à une proportion supportable. Si rien n'est fait dans ce sens, nul ne sera plus fondé à dire qu'il ne savait pas et nous donnerions alors raison à ceux qui soutiennent que nous sommes capables de vendre notre natte le matin, oubliant que la nuit tombera…", soutient Martin Abéga.
par Eugène Dipanda
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