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Le Messager - Les agents vaccinateurs en service dans les hôpitaux publics demandent une contrepartie financière pour administrer aux enfants et aux femmes enceintes des vaccins en principe gratuits.
“Les vaccins sont gratuits”, lit-on au Centre médicalisé d’arrondissement de Congo I ainsi que dans toutes les formations sanitaires du district de santé de New-bell à Douala. Pourtant, dans la plupart des hôpitaux publics de la capitale économique, les parents sont chaque jour dépossédés de leurs sous par les agents vaccinateurs. “J’ai accouché à l’hôpital Lanquintinie et des infirmiers m’ont demandé 4000 Fcfa pour vacciner mon bébé contre la tuberculose (BCG). Je n’avais pas de l’argent et je suis allée à l’hôpital de district de Déido; là, les agents vaccinateurs m’ont pris 500 Fcfa. Et après, on m’a dit que ce vaccin était épuisé mais elles ne m’ont pas remboursé”, affirme Jeannette, mère d’un bébé de deux semaines. Contrairement à ce qui est officiellement affirmé, les vaccins pour enfants de zéro à onze mois et pour femmes enceintes ne sont pas aussi gratuits. Au Centre médicalisé d’arrondissement de Bonamoussadi (Douala), on exige 500 Fcfa à chaque personne vaccinée. A l’hôpital de district de Bonassama, cette rançon est de 300 Fcfa. Un peu partout dans la ville, à l’exception de quelques centres où la morale professionnelle signifie encore quelque chose, on paie. Au-delà des frais exigés pour le service, on paie également les carnets de vaccination à 1000 Fcfa à certains endroits.
Des vaccins hors Pev imposés aux enfants Au-delà de ce racket sur les produits et service gratuits, certains hôpitaux publics organisent des séances de vaccination collective pour des vaccins non fournis par les services habilités par l’Etat. Au Cma de Bonamoussadi, comme à l’hôpital de district de Déido, l’administration du vaccin contre la méningite se fait comme dans le cadre d’une campagne. Il y a même des jours prévus pour cela, comme notamment le mercredi à Bonamoussadi. L’administration de la Santé s’inquiète de la qualité de ces antigènes. “Parce que certaines conditions de conservation, notamment le maintien de la chaîne de froid, doivent être strictement respecté pour que l’on soit sûr que le vaccin est en bon état”, explique le délégué provincial de la Santé pour le Littoral, le Dr. Jérémie Sollè. Ce qui trouble davantage, c’est que leurs coûts passent du simple au double d’un hôpital à un autre ; pour la même méningite, on paie 2500 Fcfa à Bonamoussadi, 4200 Fcfa au dispensaire Notre-Dame à Logpom, plus de 4500 Fcfa à l’hôpital de district de Déido. “J’ai amené mes enfants en avril dernier à Déido et on m’a fait savoir qu’il y avait une épidémie de méningite et que je devais les vacciner contre”, affirme Viviane. “Le jour prévu, nous étions très nombreux comme si on avait sensibilisé toute la ville. Puis on nous a dit que ce vaccin était obligatoire” poursuit-elle. Pourtant, précisent certains praticiens, les vaccins comme celui de la méningite qui ne font pas partie du Programme élargi de vaccination (Pev) doivent individuellement et “expressément être prescrits par le médecin selon les problèmes spécifiques du malade. Celui-ci doit alors se rendre en pharmacie pour l’acheter…”
Le prétexte des bas salaire ou de la pauvreté Les agents vaccinateurs entretiennent un certain secret sur les informations en principe officielles sur les vaccins. “A Bonamoussadi, je voulais avoir la liste des vaccins des enfants de 0 à 11 mois et leur prix. Mais personne n’a accepté de me donner des renseignements. L’agent vaccinateur m’a plutôt dit qu’elle a peur de me les donner et que j’aille ouvrir un centre fictif avec cela”, témoigne Agnès, mère d’un bébé qui n’a pas encore reçu tous ses vaccins obligatoires. “De même, à Deido, on m’a fait la même chose. Je leur ai même expliqué que j’avais un enfant de 6 mois venant du village et qui n’a pas reçu de vaccin, ils m’ont dit d’amener d’abord l’enfant”, poursuit-elle. Parce que tout cela est gratuit, on s’arrange probablement à ce que les usagers des services hospitaliers publics ne le sachent pas. Des infirmiers justifient ce racket organisé autour du vaccin par le bas niveau des salaires qui leur sont versés. Par exemple, un infirmier, agent de catégorie C ou B de la fonction publique touche entre 76 000 Fcfa et 160 000 Fcfa. Quant au médecin qui vient fraîchement de commencer le travail, son salaire de base se situe autour de 165 000 Fcfa ; avec cela, il peut être difficile de vivre dans une ville comme Douala ou le loyer, la nutrition, le transport, la santé,… coûtent un peu plus cher que dans toutes les autres ville du Cameroun. Par ailleurs, dans leurs revendications, le personnel médical et paramédical se plaignent de n’avoir pas des facilités pour certains services comme les autres corps de l’administration. Or, un cadre subalterne dépense en moyenne 250 000 Fcfa à Douala pour ses besoins obligatoires dans le mois. Avec un salaire qui se situe en deçà, il va falloir trouver de quoi boucler les fins du mois. Et comme tous les moyens sont bons, certains se rabattent sur les vaccins gratuits et se mettent à commercialiser leurs services. Mais doit-on, au nom de la pauvreté, avilir le service public? Certains affirment que ce commerce est parfois organisé alors que les médecins-chefs ne sont même pas au courant. Par ailleurs, l’autonomie de gestion des hôpitaux leur donnerait la possibilité d’acquérir des vaccins à vendre… Et pourtant!
Par Agnès Djappi N. et Alexandre T. Djimeli
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