Le développement durable devrait s’imposer à tous les pays comme la seule
réponse possible à l’ensemble des contraintes nées de la croissance débridée des
activités humaines durant les dernières décennies. Cette expansion économique
d’une ampleur sans précédent a malheureusement engendré de graves dysfonctionnements.
Ceux-ci apparaissent dans les domaines de l’environnement global et
de la société mais aussi - et c’est paradoxal - dans l’économie.
La maîtrise de ces contraintes suppose que l’on ait une réponse mondiale
cohérente dans ces domaines, qui tienne compte en outre du bouleversement de la
structure de la démographie mondiale. Pour tenter de relever les défis de la
croissance, l’ONU a avancé, en 1992, au Sommet de Rio, le concept de
développement durable. Les grandes lignes en sont définies dans l’Agenda 21
(déclaration de Rio sur l’environnement et le développement, ONU, 1993). C’est le
projet d’un développement que la société planétaire peut soutenir (d’où la notion de
« soutenabilité »), en tenant compte des besoins générés par la démographie et par la
croissance de l’activité. Comment concilier des besoins, qui croissent de plus en plus
vite, avec une offre dont nous devons limiter les intrants ? Tel est le défi de la
soutenabilité que nous devons relever. Il en résulte un ensemble d’objectifs qui
devraient s’imposer à tous les pays. En ce sens, c’est un concept universel, qui ne
peut être satisfait que par un fort courant de transferts et d’échanges entre pays
industriels et pays en développement.
Le champ du développement durable : les domaines prioritaires
Comment préserver l’environnement global ?
Le défi majeur est bien sûr l’augmentation de l’effet de serre, du fait des
activités humaines. Le débat sur l’effet de serre ne saurait faire oublier que de
nombreux autres périls globaux existent : altération de la couche d’ozone,
désertification, réduction des eaux souterraines sur tous les continents, érosion des
sols, pluies acides, détérioration des écosystèmes marins, dégradation des littoraux,
incendies majeurs, baisse de la diversité génétique… qui tous mériteraient une
ample concertation politique.
Quelle croissance soutenable ?
- L’accès pour tous aux biens vitaux
- L’eau : L'eau est un bien indispensable, pour la survie et la santé de l'homme.
La France est particulièrement apte à transférer son savoir-faire dans ce domaine
technologique et industriel ainsi que dans l'organisation de la maîtrise de la
demande. Il est possible d’intensifier les transferts vers les pays du Sud, en direction
de villes petites ou moyennes, en adaptant nos technologies à ces marchés.
-Les céréales : Pour assurer l’équilibre de l’alimentation de base, pour l’essentiel
constituée par des céréales dans les pays pauvres, il convient que la stratégie du
développement durable prenne en compte simultanément l’intensification de
l’agriculture et la préservation de l’environnement. Il y a donc un défi à relever
pour toute la filière : de l’agriculture à l’industrie des engrais et à celle des produits
phytosanitaires, ou encore à la conservation des produits agricoles et des aliments.
- L’organisation de la maîtrise et du partage des ressources planétaires :
La consommation mondiale des ressources naturelles croît de façon exponentielle.
Le modèle de croissance soutenable à mettre en place doit satisfaire une
consommation élargie tout en respectant l’environnement. L’objectif est de réduire
substantiellement, sur l’ensemble des ressources nécessaires aux activités humaines
(énergie et matières premières), « les flux globaux de matière par unité de service »,
Institut Wuppertal : « le facteur 4 ».
- La valorisation des ressources et des patrimoines locaux encore en jachère :
Les ressources se raréfient du fait de leur exploitation souvent intensive et de
l’augmentation de la population. Pour tout pays, il convient de mieux valoriser
l’ensemble des réserves de compétences, de ressources, ainsi que de patrimoines, en
cherchant à répondre à de nouveaux besoins et en promouvant le développement
soutenable local.
- La priorité aux marchés des pays en développement : le codéveloppement
Inéluctablement la progression des marchés suivra celle de la population. Et les
acteurs économiques des pays industrialisés ont tout intérêt à transférer leurs
technologies et leurs savoir-faire, en identifiant bien les besoins des PED et en
s’adaptant à leurs conditions spécifiques.
Quel développement sociétal soutenable ?
Le niveau de vie mondial, caractérisé par le PIB mondial par habitant, a
augmenté de 2% à 3 % l’an durant ces dernières décennies, il est vrai plus vite au
Nord qu’au Sud. Mais la qualité de vie en général n’a pas suivi à proportion, ni au
Nord ni au Sud, et les inégalités entre pays ne se réduisent pas, si même elles ne
s’accroissent pas. En sus des impératifs dictés par le développement économique
soutenable, il faut mettre la priorité sur des domaines sociétaux comme la santé ou
l’éducation, ainsi qu’échanger sur l’aménagement soutenable du territoire et les
modes de vie, qui dépendent de l’ensemble des citoyens.
- Santé publique
En premier lieu un pays en développement doit se doter d’une politique de
santé publique. Pour être soutenable, cette politique doit éviter que s’instaure une
médecine à plusieurs vitesses, à l’intérieur d’un pays. Et, au niveau mondial, il faut
organiser la diffusion rapide des progrès à tous les pays, pour réduire la disparité de
la qualité des soins entre pays. Une politique soutenable relèvera trois défis :
prévention et traitement des maladies infectieuses et des pandémies (paludisme,
sida…) /maîtrise des effets de l’urbanisation rapide /organisation d’un système de
santé solidaire donnant à tous l’accès aux soins.
- Aménagement soutenable du territoire
C’est un casse-tête pour tous les pays : les grandes agglomérations ont par
exemple à satisfaire des besoins croissants de mobilité, par des modes de transport
efficaces, propres et peu consommateurs en énergie, / autre difficulté, la migration
rurale ; mal préparée et trop rapide, elle désorganise les villes et peut conduire à la
désertification rurale. Or l’apport de l’information par les nouvelles technologies de
l’information et de la communication ainsi que la création d’activités rurales d’un
type nouveau permettent de gérer la complémentarité urbain-rural.
- La demande en éducation et en formation
Les besoins d'éducation dans tous les pays sont immenses et ne cessent de
croître, pour des raisons démographiques bien sûr, mais aussi parce que l'éducation
et la formation sont à la base des développements économiques et culturels viables.
De ce fait, les besoins en éducation et en formation exigent aujourd'hui un budget en
croissance, de plus en plus lourd à supporter. L'introduction des nouvelles
technologies de l'information et de la communication devrait faciliter la réponse à
cette demande croissante.
- La promotion de modes de vie soutenables
Les modes de vie des pays industrialisés se sont édifiés peu à peu en
s’appuyant sur un développement technique considérable mais aussi en utilisant
toujours plus de ressources, puisées dans l’ensemble de la planète. La situation est
devenue insoutenable. Les modes de vie des pays en développement ne sauraient
raisonnablement être calqués sur ceux des pays industrialisés.
Dans cette perspective, les modes de vie et les projets de société soutenables
seront marqués par :
- la priorité accordée à la qualité de vie, mais aussi à la responsabilité : cela
suppose, pour toutes les sociétés, du Nord ou du Sud, l’affirmation d’une éthique du
développement durable et des valeurs qui la sous-tendent.
- la solidarité : l’accroissement des richesses doit contribuer à la réduction des
inégalités. Pour être profitables au développement, ces richesses seront réinvesties
localement de manière à favoriser l’émergence d’un tissu d’entreprises. Et, pour être
profitables au plus grand nombre, elles doivent aussi être utilisées à renforcer les
services publics.
La condition principale pour la mise en œuvre du développement
durable est donc que les pays industriels et les pays en développement organisent
conjointement les transferts sur un vaste champ d’objectifs prioritaires, dans les
domaines économique, sociétal et environnemental
Michel HORS, Ancien secrétaire général de la Commission française du développement durable (09/2002).
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